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25 octobre 2026

Étreintes de mémoire : retour sur ma candidature pour le Jardin du souvenir du Grand-Quevilly

Il y a des projets que l’on porte longtemps avant de les écrire. Étreintes de mémoire en fait partie. Cette année, j’ai répondu à l’appel à projets lancé pour l’aménagement artistique du Jardin du souvenir du cimetière du Grand-Quevilly, près de Rouen. Ma proposition n’a pas été retenue. Je voulais pourtant garder une trace de ce travail ici, dans ce journal, parce qu’il a compté — et parce qu’il m’a fait sortir de la feuille A3 pour penser, pour la première fois, à l’échelle d’un lieu.

Un lieu qui ne ressemble à aucun autre

Un jardin du souvenir est un espace de dispersion des cendres. On n’y vient pas pour regarder une œuvre : on y vient pour se recueillir, souvent dans un moment de grande fragilité. Avant d’imaginer quoi que ce soit, je suis donc allé sur place. Cette visite a tout changé. J’y ai vu un lieu qui demandait du calme et de la lisibilité, des familles qui ont besoin de retrouver une trace de leurs proches sans privatiser l’espace collectif, et des équipes qui entretiennent le jardin au quotidien.

J’ai alors entièrement retravaillé mon dossier pour qu’il réponde d’abord à ces réalités-là, plutôt qu’à mon envie de faire « une œuvre ».

Le projet : Étreintes de mémoire

Au centre de la proposition, une sculpture ajourée en tubes d’acier carrés, d’environ 2,25 m de haut : un ensemble de personnages stylisés, entrelacés, qui forment un seul geste collectif, accueillant et protecteur. On y retrouve le vocabulaire de mes dessins — l’entrelacement des lignes, les figures qui se tiennent les unes aux autres, cette émotion contenue que je cherche à chaque trait de Posca. Pour une fois, ces lignes quittaient le papier pour prendre de l’épaisseur et de l’espace.

Esquisse de la sculpture centrale « Étreintes de mémoire » : élévation, vue de dessus et vue de profil
Esquisse de la sculpture centrale : élévation, vue de dessus et vue de profil.

Autour d’elle, le projet s’organisait en trois jardins minéraux alignés, trois dalles en pierre de Vernon de 2,70 × 2,20 m. La dalle centrale recevait la sculpture, avec de fines gravures rayonnant depuis les pieds des personnages. Les dalles latérales, percées selon un motif discret, étaient pensées pour accompagner les dispersions.

Plan coté de l’espace des jardins du souvenir
Plan coté de l’espace des jardins, base de travail du projet.

Quatre stèles en pierre complétaient l’ensemble. Côté jardin, elles pouvaient recevoir, à la demande des familles, le nom et la date de décès d’un défunt, avec un petit espace pour déposer des fleurs. Sur l’autre face, une courte phrase poétique, volontairement non confessionnelle. Quatre cerisiers du Japon à floraison blanche, un gazon apaisé et un gravier gris clair venaient adoucir le tout.

Perspective du projet avec stèle en pierre, bancs et sculpture centrale
Perspective d’intention : stèle, assises et sculpture sur sa dalle en pierre de Vernon.

Je tenais aussi à ce que le projet soit réalisé localement : la sculpture avec un ferronnier d’art, la pierre avec un tailleur de pierre de la région, les plantations avec les paysagistes du cimetière. Sobriété, durabilité, facilité d’entretien et respect des familles : c’étaient les quatre mots qui guidaient chaque choix.

Vue aérienne de principe du jardin du souvenir avec les trois dalles et la sculpture
Vue aérienne de principe du jardin retravaillé.

Les vues d’ensemble présentées ici sont des visualisations d’intention, réalisées avec l’assistance de l’intelligence artificielle à partir de mon esquisse, du plan coté et de mes indications. Elles ne représentent pas une réalisation.

Ne pas être retenu

La réponse est arrivée : le projet n’a pas été sélectionné. Il y a forcément une déception. On s’attache à un projet que l’on a dessiné, mesuré, chiffré, réécrit. On finit par le voir, ce jardin, avec ses cerisiers en fleurs et ses personnages d’acier qui se tiennent par les bras.

Mais je n’en retiens pas un échec. Ce dossier m’a appris énormément : écouter un lieu avant de le dessiner, travailler avec des contraintes très concrètes — l’entretien, l’usage, la neutralité, un budget —, et imaginer mon travail en volume et à l’échelle humaine. Pour quelqu’un qui crée sans esquisse, en laissant le trait trouver son chemin, c’était un exercice presque à contre-courant. Et pourtant, la sculpture est née de la même manière que mes dessins : d’un entrelacement spontané de lignes et de présences.

Et maintenant ?

Étreintes de mémoire ne disparaît pas pour autant. L’esquisse, les recherches et cette idée d’un geste collectif qui accueille et qui console continueront de nourrir mon travail, sur le papier et peut-être, un jour, dans l’espace. Je reste ouvert à d’autres appels à projets, et à toute collectivité ou structure qui souhaiterait réfléchir à un lieu de mémoire ou de recueillement.

Je remercie la Ville du Grand-Quevilly et le jury pour l’examen de ma candidature, et je souhaite au projet lauréat de devenir, pour les familles, le lieu de paix qu’elles méritent.

Christophe Verger-Lecocq — ARRASARTBRUT